De virages en mirages


Blog / dimanche, décembre 9th, 2018

De notre point de vue – a priori, le désert avait une définition romanesque, sinon romantique.

Demain dès l’aube

Nous étions donc partis avec toutes les images que nous avaient imposées à l’esprit nos lectures de Frison-Roche, de Psichari, de Saint-Exupéry, appuyées par les romans de Loti, de Benoît  ou encore les aventures de Conrad, d’Hemingway ou de Monfreid. Et si la lourde chaleur des tropiques de l’un la disputait souvent à l’aridité désertique de l’autre, l’Afrique des livres dans son ensemble nous avait laissé l’image d’un grand vide où l’homme égaré ne rencontre que lui-même ; ou d’abord lui-même ?

Immensité désertique

Et nous avons découvert – au cours de notre descente marocaine – que le désert c’était bien autre chose que les dunes, le fesh-fesh, le silence, la chaleur torride, la mort à petit feu en cherchant les oasis 😊 …que c’était aussi de longs rivages sur le bord de l’océan, essaimés de baraquements de pêcheurs ou de garde-côtes, selon que l’on veuille pêcher ou expulser, où l’on ne rencontre pas moins de monde qu’ailleurs ; seulement, il faut ces petites occasions qui font les belles rencontres : ici un auto-stoppeur – un fameux garde-côte – en permission pour la journée, parti se pomponner en ville pour une rencontre galante, là un couple de voyageur partageant sa pêche du jour et ses bons conseils pour la suite de la route. Qui en jogging Gucci, qui en caleçon ; chacun en son costume de fête !

Un soir où nous cherchions un bivouac – une fois n’est pas coutume, n’est-ce pas ? – nous avons atterris non loin de de Dakhla, à Lamhiriz, dernière petite étape avant la traversée du no man’s land qui sépare le Maroc de la Mauritanie. La Providence a mené nos pas vers une petite crique – à nous, rien qu’à nous – faite de sable blanc et d’une eau claire comme l’eau de la fontaine à eau de votre bureau ; sauf que celle-ci était doucement salée et rafraîchissante comme une limonade glacée un jour de canicule. A quelques encablures de notre bivouac, nous trouvâmes une autre petite crique, paradis régulier d’un couple de retraités belges insatiables de soleils couchants et de pêche maritime. Nous renseignant sur la présence et le danger des serpents d’eau que l’on croise régulièrement sur le littoral marocain, nous avons fini par repartir les oreilles chargées du vocabulaire coloré de ce bougre belge et les bras non moins chargés de cadeaux : le sac de noix le disputant à la courbine fraîche du jour. Rendez-vous fut pris pour l’apéritif qui, s’étirant jusque tard dans la soirée, nous a permis de découvrir le sérieux de la cave de Nikolas et Claudine ainsi que la puissante fraîcheur de leurs bières réparatrices !

Amitié franco-belge

Et le désert est bien plus vivant qu’on ne croit : la faune et la flore n’y manquent pas autant qu’on le croit – du moins pas dans cette partie que nous avons traversée et qui apporte son lot d’oiseaux, de dromadaires, de chèvres « d’élevage », de cactus en tous genre et dont nous ne connaissions jusque-là ni le nom, ni l’existence. Pour l’existence c’est une affaire résolue, quant aux noms…on verra une autre fois !

Un matin, quittant tôt le bivouac pour rejoindre notre prochaine étape – la prudence et les aléas mécaniques nous poussant à certaines largesses dans le calcul de notre itinéraire – les mirettes encore pleines des saveurs rosées d’un lever de soleil africain, nous sommes tombés nez à nez sur une ribambelle de dromadaires en pleine transhumance, mâchant l’herbe rêche et traînant le sabot d’un pas de sénateur : dans la magie matinale d’un soleil encore pâle, nous sommes, ce jour-là, descendus de notre dromadaire à quatre roues pour nous raccrocher à la lenteur sage et ruminante de cet étrange et méconnu troupeau.

La descendance d’Abraham

Dans cette partie de notre voyage nous avons multiplié les camping sauvages, parce qu’on est de mieux en mieux dans Choupette et qu’aucun dirham ne nous offre de si belles nuit étoilées, ni d’aussi beaux rivages que ces étapes improvisées dans le silence ou bien le doux murmure du ressac. Et quand la mer toute proche se déchaîne nous y sommes encore mieux, parce que vient s’ajouter la douce protection de notre vieille taule déjà si fidèle.

A ce stade, nous vous devons un peu de vérité : et si la touche bucolique que nous nous efforçons de vous dépeindre n’est rien moins que réelle, il faut quand même admettre que derrière le vernis il est des vérités moins charmantes ; à tout le moins, plus drôles ! Et Cam, entendant le ressac se rapprocher, au bruit légendaire d’un troupeau de chevaux au galop, sentant le vent forcir au point d’en faire trembler Choupette sur ses (son ?) fondement(s) – Camille, disais-je, sentant sa mort prochaine, me demanda pleine d’un espoir innocent (mais tellement suppliant) s’il ne vaudrait pas mieux garer notre petite maison un peu plus haut sur le sable encore meuble et chaud, loin des grandes marées et de la baleine de Jonas.

Choupette fait trempette

Tout cela est beau, tout cela est agréable. Et nous ne nous en lassons pas. La Mauritanie arrive et nous aurions tort d’être des enfants capricieux face à ce désert envahissant. Et pourtant, la route que nous prenons bille en tête depuis notre arrivée au Maroc – si elle n’est pas aussi harassante qu’une virée méhariste dans le grand Sahara, comporte son lot moderne de petites fatigues : la chaleur derrière ce bien grand pare-brise, la surchauffe du moteur, les stations de gasoil plus que douteux…et se faisant de plus en plus rares, les longues lignes droites qui semblent nous emmener nulle part sinon ailleurs,  l’eau éternellement chaude et filant à la vitesse d’un dromadaire emballé, et l’ignorance de ce que nous feront les petits cochons. En pays musulman ils appellent peut-être ça autrement, me direz-vous… 😊

Et dans tout ça…nous n’avons pas le temps de nous sentir seuls : mouches et punaises n’ont de cesse de nous accompagner, de l’habitacle au salon, du salon à la cuisine, de la cuisine à la chambre. Notre suite royale ne manque pas de visiteurs ! Toutes les moustiquaires – récemment installées – n’y changent rien ! Et nous ne manquons pas non plus d’occupations : le quotidien dans un camion aménagé c’est un peu comme un départ de vie dans un appartement à Paris ; contraints par l’espace, il faut sans cesse ranger, réparer, bricoler, faire des contrôles mécaniques, vérifier la résistance du matériel divers et varié, s’accommoder des aberrations folkloriques de votre colocataire dans sa manière d’appréhender l’ensemble de l’habitat ! Voilà l’illustration qui a probablement provoqué déjà tant de fois cette question humoristique de la part de voyageurs : pourquoi s’être marié avant le voyage plutôt qu’après ?

Jerry

La réponse est pour dans six mois, soyez patients 😉 A l’heure où nous publions cet article nous abordons les confins mauritaniens et nous en avons déjà le cœur qui bat, les yeux qui pétillent et les mains qui tremblent. Tant de promesses semblent se dessiner derrière ces frontières qui ont longtemps abrité un mythique et lointain Sahara pour les méharistes de toutes origines – arabe, berbère ou occidentale – et qui protègent désormais, cachées dans les dunes, la ville légendaire et mystique de Chinguetti.

Voilà voilà.

  • Et avec ceci ?
  • Ce sera tout pour aujourd’hui.

A plute !

Zig et Puce
Pour Respons’Appro

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *