« On a marché sur la lune »


Blog / dimanche, décembre 16th, 2018
Horizon mauritanien

Il faut avouer que la tentation était grande d’utiliser un autre titre, calqué sur les aventures de Jo, Zette et Jocko (genre La « Mauritanie » ne répond plus, à cause des problèmes récurrents de réseau) mais la réalité de notre séjour mauritanien a été avant tout géologique. Vous excuserez au passage la référence « Cétautomatix » à la BD belge mais – soyez indulgents ! j’ai une femme qui a 37,5% de sang belge.

Si le titre vous laisse imaginer quelque chose d’aride, il ne faut pas que cela oblitère la notion plus importante encore de « découverte » qu’il contient : quelque chose qui dépasse la normalité, la connaissance, l’anticipation…bref, la formidable aventure que nous a réservé ce séjour mauritanien, jour après jour, surprise après surprise, initiation après initiation, de fil en aiguille et de Charybde en Scylla à en croire l’incroyable diversité de ce que nous avons traversée.

N’exagérons pas, cependant, la Mauritanie c’est avant tout du désert. C’est-à-dire du sable, de la caillasse, des arbustes ras et secs, quelques espèces loufoques d’oiseaux et d’insectes ; mais également LE désert…désert citadin et rural, dans lequel le vide succède au néant, où l’absence de vie alterne avec la rareté de toutes choses. Depuis Nouadhibou et jusqu’à Nouakchott, les villes et villages (habités) se comptent sur les doigts d’une main.

Village de pêcheurs

Souvent il nous est arrivé de viser un village comme point de chute pour – à l’arrivée – ne trouver âme qui vive. Et si ce village était marqué comme un village de pêcheurs, à peine arrivions-nous qu’entre les filets épars, les bidons, les corps-morts et les quelques déchets de poissons pas une trace de vie – familiale, économique, quelconque… rien ne marquant la présence desdits pêcheurs. Jusqu’à ce que le soir tombe et que du fond d’une barque ou deux – émergeant du poisson à fond de cale – apparaissent une ou deux têtes harassées, taiseuses et moribondes, au point que nous n’étions pas sûrs, vraiment, de la réalité de ces êtres.

Barque de pêcheurs mauritaniens

Il ne s’agit pas d’ajouter à la réalité de ce que nous avons vu un peu de prose poétique et romanesque. Le temps, l’espace et la vie même ont pris – au cours de notre traversée – des couleurs que nous ne leurs connaissions pas. Et toutes ces choses et ces êtres et ces villages et ces métiers et ces travaux que nous avons vu perdus dans ces immensités désertiques ne font probablement appel à aucune réalité « économique » ; c’est la vie tout simplement. Ou la survie. Parce qu’il faut bien continuer à tenir. Continuer à avancer. Avec ce que l’on a. Avec des expédients. Et de là où nous étions, nous n’avons dus être rien d’autre que des curiosités : ni plus ni moins que des points d’interrogation…regardant eux-mêmes des points d’interrogation.

Enfants mauritaniens chassant le « touriste »

Mais tout cela n’est pas très rose, semble-t-il, alors que pour nous la Mauritanie a été une expérience formidable à de multiples endroits. En premier lieu, à la frontière Maroc-Mauritanie, nous avons rencontré Les Marioles Trotters, un couple de français en voyage pour deux ans et dont vous gagneriez à regarder les vidéos sur YouTube, parce que ça fait voyager entre deux réunions au bureau avec Gilbert de la compta’. Comme nous, ils venaient de traverser ce no man’s land complètement lunaire qui sépare les deux pays : une zone où l’apocalypse semble s’installer entre deux crises. Un espace de non-droits où séjournent des types revendiquant une sorte de légitimité régionale et étatique – une République Sarawi – auprès du Royaume du Maroc.

No man’s land

C’est aussi la zone de ces types qui ont réussi à sortir d’un côté sans pouvoir rentrer de l’autre, un cimetière de voitures et de camions en tous genres laissés à l’abandon par des propriétaires dont nul ne saura dire s’ils ont survécus à la loi de la jungle dans cette république trustées par les coupe-jarrets. Cette dernière assertion est peut-être calomnieuse mais il est vrai que l’endroit invite à la légende ; et quand vous arrivez sur les pistes défoncées (de la compagnie de BTP « Défonçage et Cie ») avec ces monceaux de ferrailles, ces tentes éparses, ces regards cupides et sournois, désireux à l’envie et qu’enfin votre imagination vous laisse entrevoir que les marchandises doivent être rares en un lieu si isolé et légalement si inexistant…vous transformez ce lambeau de terre en un coupe-gorge, digne des plus fameux bandits de grand-chemin.

La République des mandrins

Ayant rencontrés les Marioles, donc, nous avons fait route commune jusqu’aux abords de Nouadhibou, pour une escale douce et agréable dans une petite lagune – certes plus désertique que celle de Dakhla – mais tout aussi agréable et prometteuse. Un programme de pêche, baignade et kitesurf s’est constitué presque naturellement, tandis que nous formions, petit à petit, une petite troupe de voyageurs et de camions aménagés : Oskar « l’hispano-germain » et son Westfalia de l’espace, Philippe « l’Ancien » et son Partner, Marika et David « les Tchèques » et leur Combi T3, les bulgares alias « Les Bulgares » et leur super Toyota V8 (qui monte à 240 km/h, qui suce entre 20 et 30 au 100, en route pour la jungle Nigériane…probablement pour sauver Bob Moran pris dans les griffes de Boko Haram), Franck « Sans Camion », Yassire « Le Naturo-pâtes », Les Marioles et nous-même. Bref, une fine équipe, des belles tablées et des franches rigolades.

La fine équipe

Un petit séjour où le rythme s’est un peu relâché après la marche forcée marocaine. Et nous avons pris le temps. Apprentissage de la pêche à la canne avec Philippe, la pêche « au fil » avec Omar, la pêche au filet avec Ahmed. Sacrée rencontre cet Ahmed : un Sarawi bosseur comme pas deux, homme à tout faire le jour, constructeur sur un chantier la nuit, pêcheur au petit matin, mécanicien au besoin et prodigueur de conseils à l’envie. Cela peut paraître surprenant pour le lecteur, mais depuis presqu’un mois que nous voyagions, Ahmed a été la rencontre la plus authentique – désintéressée –  que nous ayons eu : généreux, il a donné sans compter, il a donné sans réclamer, il a aidé, il a prodigué, il a enseigné…tandis que nous fournissions la pharmacie pour ses blessures, il a fourni son savoir là où nous en manquions ; quant à moi, il m’a emmené au petit matin ramasser les filets, au soir qui tombe nous avons arrosé et jardiné, toujours sous sa vigilante prodigalité de conseils, d’astuces et de bonnes paroles.

Ahmed

Puis nous sommes repartis, Léon (le destrier des Marioles) et Choupette de concert, l’un et l’autre conversant sur la route de leurs prochaines aventures qui n’ont pas tardées : « prudence est mère de sûreté », dit-on, mais quand on est deux l’autre fait office de sûreté et on range la prudence au placard. Forts de cette nouvelle union, Léon et Choupette se sont donc mis en tête de faire de la piste leur nouveau dada. Et c’est ainsi, chers lecteurs, que – cahin-caha – bras dessus bras dessous, les deux compères s’en sont allés au travers des bandes de désert mauritaniens entre les terres et la côte, 50 km par-ci, 30 km par-là, peu d’ensablement mais suffisamment pour apprendre aux pilotes à rester vigilant. Rétrograder reste un art réservé au « dur » et le sable aime la constance dans la vitesse ; il aime aussi les pneus peu gonflés, les lignes droites, les vitesses courtes, le « crabotage » et la préparation…

Choupette et Léon

Le principe est simple : c’est quand vous avez tout prévu qu’il n’arrive rien ; et si jamais l’idée vous vient d’oublier quelque chose la Loi de Murphy se chargera de vous rappeler que s’il y avait bien une chose à ne pas oublier c’est bien celle qui vous manque. Fort heureusement, la veille au soir de notre départ, peu inquiet mais prudent, j’ai eu la bonne idée d’aller négocier les plaques de désensablage de nos amis tchèques qui étaient en route pour le Maroc et la « Tchéquie », heureux de se débarrasser du superflu et de gagner quelques pièces bien nécessaires. Ces bonnes plaques ont trouvé leur utilité dès le lendemain lorsque voulant nous sortir d’un mauvais pas, les Marioles se sont ensablés eux-mêmes. Un investissement de dernière minute qui nous a éloigné de notre dernière heure !

Et tranquillement, au rythme du déhanchement de Choupette et de la démarche athlétique de Léon, nous avons fait route jusqu’à la mer. Encore désireux de croquer l’aventure nous avons mis en œuvre durant ces journées de 4×4 sur les pistes nos nouveaux dons de pêcheurs et nous avons tant bien que mal étoffé trois repas avec nos prises : de mémoire, nous avons dégusté les premiers poissons en papillote, la deuxième pêche en friture à la poêle et la troisième en ceviche… Un vrai concours-cuisine de haut vol qui n’a rien à envier aux émissions du type Top-Chef ou autres. Même Robinson Crusoé peut se rhabiller à mon avis, parce que huit bars (c’est pas la pression de mes pneus, mais le fruit de la pêche) en deux jours et cuisinés de trois manières différentes, ça frise le podium aux JO.

Station de pêcheurs dans le parc du Diawling

Mais la piste – même avec une bonne pêche – ça creuse. Ça creuse et ca encrasse et ca fatigue. Et le soleil tape dur et les organismes et les mécaniques souffrent un peu. Et fatalement, de toute façon, on avance et on voit poindre la prochaine escale. Pour nous, cette escale, ça a été au nord de Nouakchott avec ses plages de sable blanc, ses palmiers, sa mer turquoise, l’eau fraîche, le poulet entier avec ses frites et leur « mayonnez » – un probable condensé du fameux mayo-merguez, comme dirait Anatole -, l’absence d’insectes, de mouches, de vent, de sable dans les yeux, les narines et les oreilles. Bref, l’accalmie pour tous. Je pourrais évidemment vous parler de notre court séjour, de nos baignades, de nos thés avec Maher – dont la mère a eu quinze maris et neuf enfants…ou l’inverse – de ses blagues sur ses trois femmes et de son merveilleux coup de main pour nous désensabler de cet plage idyllique. Je pourrais mais je ne le ferai pas, parce que ce qui est sympa au fond ce sont les anecdotes de galère. Et la suite n’en a pas manqué !

Port de pêche

Nous avons fini par repartir, faire le plein de courses et courir après le plein. Et une fois que ces essentiels étaient réalisés, nous avons repris la route. Sans les Marioles, cette fois-ci, parce que c’est la vie. Repartis, donc, pour une autre plage…une plage dont Camille avait le secret et qui s’est révélée être un terrain militaire, pas commode d’accès du tout et qui nous a valu de rebrousser chemin, en catastrophe, fuyant la nuit et les nids de poules, la tôle ondulée et les chauffards. In extremis, nous avons pu poser Choupette non loin d’un chantier perdu… au bout d’un sentier perdu… non sans perdre calme et patience devant la route se dégradant et le jour déclinant.

Au sortir de Nouak-chiottes – la ville aux mille trous – Camille inspirée nous avait dégoté un petit bout de viande chez un marchand local ; j’appelle marchand « local » non pas un local qui marchande mais un type qui vend sa marchandise aux locaux ; et seulement aux locaux. Autant vous dire que la viande pour locaux ça ne ressemble à rien d’autre qu’un cuissot de chèvre qui pendouille avec un demi-million de mouches à mouise virevoltant autour. Le gars est muni d’un grand frigidaire, mais comme il n’a pas l’électricité la viande reste bien au chaud par 40°C à l’ombre pour le plus grand bonheur intestinal de ses consommateurs. Pour le SAV, passez votre chemin. C’est pas les trous qui manquent à Nouakchott pour vider votre sac. Bref.

Négociation d’une tourista

Ereintés par la journée très « rebondissante » nous avons écrasé assez rapidement et bien nous en a pris. Parce que le lendemain, la guerre a commencé. Que Nouakchott soit un gruyère c’est une chose. Mais là où ça se corse – comme dirait Ange Leoni – c’est quand l’autoroute NiarkNiarkChott-Rosso est elle-même une passoire. Et c’est là qu’on a vu les cratères – pas ceux crachant le feu mais les cratères tout court – qu’on appelle gentiment « nids de poule » ; mais là, autant vous dire qu’on a vu des poules de l’espace, des machins de Tchernobyl, des poules extra-terrestre avec des arrière-trains de femme bantou, capable de vous pondre des œufs de la taille d’une roue de Choupette de 90 Kg. Et là ce fut deux-cents bornes d’esquives, double-esquive, pilage, freinage, rempilage, éclatage, pleurs et grincements de dents, de freins, de suspensions, les têtes en choc continu sur la tôle du véhicule, un fracas d’enfer et tout ça à un train de sénateur. Au compteur ? 178 km en 7h30. Des perf’ avec Choupette on en avait fait, mais celle-là c’est le Guinness des records assuré.

Et ça – comme dirait Robert Lamoureux – « c’était que le début ! ». Parce que quand a rejoint la piste qui mène au barrage de Diama, bah mes aïeux, le parc du Diawling z’ont pas du y mettre les pieds depuis 50 ans au ministère des transports. C’est pas compliqué, Choupette à passé la moitié du temps penchée à 45°, dans toutes les positions que vous voulez, et nous on a des bleus plein la tête, plein les fesses et on a pas encore osé regarder sous le véhicule voir combien de boulons, vis et autres pièces inutiles il nous manque. Avec ça, on a quand même eu le temps de voir des phacochères et des tas de canards dont je connais pas le nom mais super méga stylés. Comme dans une réserve naturelle, quoi.

Croyez-moi, croyez-moi pas, mais tout ça on l’a fait juste pour se pointer aux douanes sénégalaises. Qui soi-disant, d’ailleurs, sont plus sympa à Diama qu’à Rosso. Et bien déjà on a failli par avoir notre tampon mauritanien parce que ces animaux-là s’organisent pas très bien, demandent tous de l’argent mais parfois c’est facultatif et parfois non : les gars nous trouvaient bien pressés, bien radins et il a fallu leur parler de la Mecque (qui passait à la télé à ce moment-là) pour qu’enfin « Alhamdoulilah, patin, couffin, … » les gars me filent mon tampon en échange d’une boîte de biscuits au chocolat. Ensuite, il a fallu s’acquitter des formalités sénégalaises. Compliqué. Deux heures avant la fermeture du poste-frontière il fallait d’abord finaliser la partie de « bubbles », celle de « Candy crush » et puis mater la dernière vidéo YouTube à la mode (probablement celle des Marioles Trotters). Quand tout ça fut fini…on a pu discuter. Obtenir un passavant de trois jours – exit la pause à Saint Louis il faudra foncer à Dakar – c’est à peu près une heure/une heure et demie quand on est seuls au poste de douanes. Et encore, nous on a le fameux Carnet de Passage en Douanes qui est sensé faciliter les démarches ; on a vu un portugais qui était là depuis deux jours parce qu’il n’avait pas son carnet. Alors on se dit que c’est long quand on est en règles mais que ça vaut bien le coup de l’être !

Village mauritanien

Ce qu’on a pensé de la Mauritanie ? Comment l’a-t-on vécue ? C’est difficile de synthétiser une réponse mais au travers de ce que vous avez pu lire d’anecdotes et de commentaires vous discernerez que la Mauritanie était notre première expérience africaine réelle : avec son lot de difficultés – de dureté, même – parce que tout y est aride, au sens propre comme au sens figuré, mais ce fut tellement de découvertes, de dépassement et d’apprentissage, que nous en sommes sortis tout ébaubis et remplis de saveurs délicieuses. On a beau dire que chercher à tout prix des repères dans le cours de son voyage c’est ne pas vouloir sortir de chez soi, il me semble que c’est une banalité et une ânerie tout à la fois. Où que l’on aille, il faut « prendre » des repères, c’est ce qui nous permet ou qui nous « révèle » à l’aise là où nous sommes ; mais il est vrai que selon les pays et les cultures, ces repères sont plus ou moins éloignés de nos repères traditionnels, et que par conséquent ceux-ci sont parfois plus durs à établir. Sur ce bref séjour que nous avons fait en Mauritanie, rien ne nous a raccroché à ce que nous connaissions ou pensions connaître ; là s’est trouvée la principale difficulté de la traversée ; et c’est en même temps ce qui nous a le plus entraîné parce que nous avons été forcé à un lâcher prise. C’est au moment d’en sortir que nous y sommes enfin bien, sans appréhension ni retenue.

Tout ça fait encore un bien gros article, mais comme vous avez pu le lire la Mauritanie manque profondément de réseau…routier, internet, téléphonique, etc… Alors on vous écrit souvent avec un peu de retard et on condense la matière pour rattraper le temps perdu. Et puis, maintenant que nous sommes au Sénégal, on va bientôt se lancer dans nos interviews pour Respons’Appro ! Alors il faut qu’on soit à jour 😊 On a bien hâte de commencer et de vous offrir notre toute première prose en la matière !

On vous renvoie aussi à notre galerie photo qui a été mise à jour tout récemment !

Voilà voilà.

  • Et avec ceci ?
  • Ce sera tout pour aujourd’hui.

A plute !

Zig et Puce

Pour Respons’Appro

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