On ne Ghana rien à trop se prodiguer


Blog / jeudi, avril 4th, 2019

Je peux vous dire qu’au mercato des pays de la sous-région ouest-africaine, le Ghana y en avait pas la côte du tout.

Soleil couchant assez banal, sur la côte ghanéenne

Nous autres on n’y est pour rien, on a fait qu’écouter les sempiternelles âneries des gens qui n’y avait pas mis les pieds, de ceux qui y avait mis le pied gauche de bon matin et de ceux qui sont des amis de l’Afrique tant qu’on n’y croise pas trop d’africains… Pis, on va pas se mentir c’te fois-ci non plus (retour en force d’une expression favorite) : le Ghana c’est anglophone. « De base » c’était mal barré pour les gouzi-gouzi et autres salamalecs attendris, parce que je sais pas pour Camille mais moi les tommies je les ai toujours considéré comme nos meilleurs ennemis. Concept qui signifie que y a un truc historique qui nous rend plutôt chafouins les uns envers les autres pis que dans le fond on a bien envie de les respecter parce qu’ils sont fortiches quand il s’agit de nous la mettre, que c’est quand même eux qui tiennent les meilleurs pubs et pis que sans Roger Waters, Joe Strummer, les frères Davies ou Pete Doherty…bah on se serait grave moins fendu la poire ces 50 derniers balais. N’en déplaise aux gaulois du fin fond des Côtes du Nord – qui sont encore les plus proches cousins de nos cochons de voisins – on peut au moins reconnaître ça à ces sacrés consanguins d’insulaires.

L’ennemi anglois en tain de nous faire les « doigts de l’archer »

Tout ça pour dire qu’en fin de compte, on a beau pas aimer les anglais et avoir tout entendu sur le Ghana, on peut tout à fait y passer trois semaines en parfaite intelligence (avec l’ennemi) et en garder un bon souvenir. Camix et Gonzix – qui sont par ailleurs deux fiers gaulois « pure souche » (au moins depuis 1989 et 1986) – ont donc fait cette expérience maintes fois renouvelée depuis leur départ : les gens ne peuvent pas s’empêcher de vous dire des âneries plus grosses que leur derrière. Voulant prouver qu’ils connaissent leur sujet, ils affirment souvent – avec beaucoup d’aplomb – et se trompent presque toujours, risquant le plomb (ou le goudron et les plumes). Alors une fois encore, avant d’arriver au Ghana, nous nous sommes fait plomber les feuilles de chou à coups de généralités barbantes. Et Camille vous dira que, pour ma part, je suis assez amateur de clichés, parce que les clichés c’est la petite caricature quotidienne qui renvoi fatalement à l’identité du peuple enfermé dans son stéréotype. Qu’importe que le trait soit grossi – voire grossier – si l’on reconnait sous la plume, le crayon ou le bon mot les grands traits du caricaturé. Et c’est pour cela que le grand Charles (pas le Général, un mien collègue) a raison quand il dit qu’ « un cliché ça s’entretient ».

Partie de billard improvisée sur la route. Anglois 1-0 Gaulois.

Enfin, tout ça ne vous dit pas ce qu’on a fichu de nos trois semaines au Ghana, à par médire et maudire ! Ben, foie de morue, ce qu’on a surtout retenu c’est qu’on a traversé le Ghana dans une crainte quasi divine de la police. Le flic africain – en général et nous acceptons les exceptions – c’est quand même un sacré filou. Le genre de type qui veille sur vous en veillant surtout sur votre portefeuille ou vos éventuels cadeaux. Au Ghana, les flics sont particulièrement gourmands, presqu’autant que les pasteurs y sont cupides. Ça c’est dit et c’est pour ma copine Rachel qui raffole des différentes églises déviantes qui foisonnent de par le monde. On était rôdés pourtant, côté flic, depuis le Sénégal et la Guinée. En Côte d’Ivoire – allez savoir – on a eu le droit qu’à des coucous et des sourires. Mais pour le Ghana, c’était supposé pas être la même. Tant est si bien que la veille de notre passage au Ghana nous avons fait installer des ceintures de sécurité, juste pour « montrer à la police ». Grosso merdo, des ceintures à peine fixées dans les linteaux de porte et non clipsables, laissant seulement l’impression qu’elles existent. Longtarin et l’agent 212 n’y ont vu que du feu, c’est moi qui vous le dis. En sus, et parce qu’il faut bien qu’à la fin cela se susse, nous avons ajoutés à l’avant et à l’arrière de Choupette quatre jolis petits réflecteurs de phares, semble-t-il incontournables chez les anglois de la CEDEAO. Alors oui, c’est le moment d’avouer qu’on n’a pas eu de ceintures pendant trois mois et qu’avec ça on a pris que 21€ d’amendes. Dont 10€ pour avoir grillé un stop au milieu d’un rond-point et 5€ pour avoir conduit en claquettes. Et bien au Ghana, 0€ et encore on n’a pas fait beaucoup d’efforts pour esquiver les prunes. Enfin, c’est Cam qui a quasiment conduit tout le temps parce que moi je n’ai pas le permis international. Et comme nous a dit un policier fort rigoureux : sans ce permis, je pourrais vous arrêter. Merci, Starsky. J’apprécie ce que tu fais.

Prison ghanéenne. Blancs interdits. Humour noir.

Episode 01 – Cabotage sur la Gold Coast

 

Arrivés au Ghana, nous avons fait le choix de prendre la route côtière – celle qui vous emmène à Accra en passant par Cape Coast – et qui vaut le détour, au moins pour ses palmiers, son sable et sa mer, n’étaient les amoncellement de déchets le long des plages et de la route. Peu d’ambitions à ce stade de notre virée, sinon profiter un peu après la semaine de travail intensif en Côte d’Ivoire et avant la reprise des hostilités avec nos contacts ghanéens. Nous avons atterri le premier soir sur une plage bien tranquille et sous les cocotiers, cependant non loin d’une sorte de restaurant (paillotte ?) de plage tenu par un amoureux fou des français ; de ceux qu’on croise pas mal dans le quartier, très désireux de venir faire du « tourisme » en France pour voir, juste pour voir.

John Doe en méditation à Junky Station

Nous avons posé ici notre camp de base et avons fait une excursion à Nzoulezo, petit village lacustre et haut lieu touristique de cette région du Ghana. Le moins qu’on puisse dire c’est que le ministère en charge du tourisme fait l’essentiel pour conserver « intact » et « en l’état » le patrimoine de son cher pays. En fait de village lacustre, il s’agit plutôt d’un amas de planches sur pilotis, stationné au-dessus d’un marigot rempli d’ordures et avoisinant un lac immense. Les maisons ajourées, les planchers pourris et les nids à saleté sont autant de décors que côtoient les habitants en haillons et les enfants en tenue d’Adam. Et quand vient le moment d’accoucher – car on accouche même dans les étables – l’heureux touriste pourra alors apprécier la présence d’une bassine d’accouchement sur le ponton et assistera aux salutations forcées de la jeune mère épuisée, parce que quand la femelle veule, il importe que le touriste en ait pour son argent.

Merveille touristique et merveille du monde

Visite mitigée, donc. Qui ne nous laissera d’impérissable que la beauté des paysages et l’amertume d’être rentré dans un jeu touristique de mauvais aloi. Et plus le voyage avance, plus nous sommes convaincus que les « choses à voir » ne sont en fin de compte pas si incontournables et que les heureuses surprises ou les moments de qualité n’appartiennent qu’à l’imprévu et aux sentiers non battus. Expérience qui, je crois, est partagée par nombre de nos coreligionnaires. Nous sommes donc rentrés dans nos pénates, après un pèlerinage de bières et quelques lampées de koutoukou – merveilleux breuvage ivoiro-ghanéen à base d’alcool à 90° et de plantes inconnues – autant de stations que de copains de notre compagnon de voyage sur la route du retour. Un véritable chemin de croix par la chaleur qu’il faisait en ce milieu de journée.

Halte Fufu-Banku avant les singeries

Le repos à l’ombre des palmiers, le lait de coco bu à même le fruit tombé de l’arbre et offert par les enfants et le ragoût de tortue nous ont remis d’aplomb après cette matinée « Bagdad » dont nous étions miraculeusement sortis vivants. Le lendemain fut l’occasion d’un petit break peinture-lecture-harmonica dont nous avons particulièrement goûté la saveur trop rare.

Les esprits de la forêt #Brocéliande

Episode 02 – Mamieversaire de Valentine

 

Avec Camomille, on n’est généralement pas très Saint Valentin. On n’a rien contre les petits cœurs, les diners au restau et les gerbes de fleurs mais globalement on a tendance à considérer que la Saint Valentin c’est un peu tous les jours de l’année (sans les restau, les fleurs et les petits cœurs)…sauf le 14 février, par esprit de contradiction. Et ce qui est cool, avec ce principe, c’est qu’on peut le décliner à l’envie : avec la journée de la femme, la journée de la paix, les grands-pardons, l’anniversaire de Chuck Norris et les lundi-spaghetti. On aime bien les fêtes, c’est pas la question, et je dirais même plus : c’est parce qu’on aime les fêtes et qu’on considère que l’amour, l’égalité, la tolérance gnan-gnan et tout le toutim ne sont pas l’affaire d’un time-slot de 24 heures mais plutôt un exercice quotidien. Partant, pas de discrimination – positive ou non – on construit notre vie sans marquer les différences, sans restreindre les bénéfices, sans manger à la gamelle du commercialement correct.

L’elixir d’amour

Si je vous raconte ça c’est parce que cette année, on a confirmé la règle par une exception. J’en suis le premier fautif, parce que mon cœur liquide de pied-tendre s’est un peu ému de la distance, du voyage intense, du besoin de dire ou redire un peu différemment à ma petite blonde préférée que je scellerai bien notre amour autour d’une conserve de cassoulet, façon de dire que je l’aime toussa toussa. Finalement ça a fini autour d’une assiette de frites molles, mais c’est l’intention qui compte n’est-ce pas ? 😉 Et « en même temps », comme dirait notre bien-aimé Jupiter, ça m’ennuyait un peu de nous offrir un petit quart d’heure de respiration « culturel » sur la base d’une culture que je ne revendique pas du tout et à laquelle je ne me sens pas du tout rattaché. Triste schizophrénie, donc, que cette Saint Valentin improvisée au Ghana afin de recoller un peu avec les souvenirs d’antan (d’avant le voyage, quoi !). Pour autant, on a passé une sacrée soirée, on a bien rigolé, on n’a pas si bien mangé mais ce petit prétexte festif nous a tout de même bien rafraîchi !

Primate « Zag » à l’assaut d’une noix de coco

Et le meilleur est à suivre. Parce que la mi-février, cette année, qu’on le veuille ou non, c’était la fiesta : Cam grattait tout juste ses 30 berges. Et avec son cœur encore plus liquide que le mien, l’absence de sa famille, de ses copines et de tous ceux qu’elle aime…j’aime autant vous dire que ça risquait de pleuvoir sec, façon « lacrimarum valle ». Ni une ni deux, Le GO de service nous a organisé un petit week-end fort sympathique dans un petit hôtel de bord de plage, constitués de paillotes africaines d’un charme sûr, où nous avons pu déguster avec plaisir les joies de quelques cocktails, massages, baignades, Baileys, plats européens devenus quasiment exotiques à ce stade du voyage et autres délices de détente, hamac, lecture, repos bien mérité. Cela n’a certainement pas remplacé la présence des êtres chers mais ce fut une petite parenthèse très agréable, pleine de langueur dans le rythme effréné du voyage, venant célébrer également la moitié de celui-ci. Aussi douce fut cette parenthèse, nous n’avons pas été surpris de la joie que procure le retour à notre rythme de vanlifers. Il est bon de profiter de quelques plaisirs mais on se rend compte rapidement que ces plaisirs-là ne sont pas ceux que nous sommes venus chercher et c’est avec un peu d’aise que l’on réalise que nos motivations originelles ne nous ont pas quitté.

Les fameuses singeries

Nous étions alors au Ghana, le long de cette agréable route côtière, chargée d’Histoire et donc de forts – que nous avons pu visiter – ainsi que de plages où nous avons pu nous prélasser et puis de FanMilk dont nous nous sommes régalés. Ça n’a évidemment aucun rapport mais je me laisse parfois aller à écrire à quatre main avec Jean-Michel Pasdechute. Il a l’écriture facile et c’est bien ainsi.

Session Loto sur le Lac Volta

Episode 03 – Accra de morue

 

Accra. Capitale du Ghana. Et les capitales – pour un voyageur « overland » – c’est globalement nécessaire mais pas très intéressant. Accra n’a donc pas fait exception à la règle. Il nous fallait y passer pour obtenir un « re-entry » au Ghana pour le trajet retour ainsi qu’un visa malien, toujours pour le retour. C’est là que les ennuis ont commencé.

Situation à risque

Avec le « re-entry », déjà. Le Ghana ne fait pas exception dans les pays de la sous-région et il nous a fallu trouver des perles dialectiques et rhétoriques pour discuter avec les escrocs de l’immigration ghanéenne. Nous sommes désolés pour eux de devoir les nommer ainsi mais il faut rendre à César ce qui lui revient : tout ce qui se fonctionnarise en Afrique se prend pour un agent des impôts, façon Malosinus, le « questeur » des impôts dans Astérix – sauf que ce dernier est méga intègre – mais avec la tête de Caïus Eucaliptus et l’âme noire de Tullius Détritus. C’est ainsi que notre visa s’est retrouvé très compliqué à obtenir puisqu’il nous fallait attendre 15 jours et payer l’équivalent de la dette ghanéenne pour l’obtenir. Qu’à cela ne tienne, nous nous armerons de patience et d’un bon contact pour venir à bout de ces réticences misérables. L’Afrique est affaire de réseaux, même quand il s’agit d’enjeux mineurs. C’est fatigant, c’est incontournable. Blanc ou noir, contente-toi de subir, on n’est pas sortis de « la berge ».

Marécages aux oubliettes

Quant au visa malien…honni soit qui mal y pense. Nous sommes arrivés le premier jour à l’heure de la descente, c’est-à-dire de la fermeture. Autrement dit, à 16:30. Fonction Publique quand tu nous tiens ! Nous avons quand même grapillé quelques informations auprès de la standardiste, de très mauvaise volonté, notamment en ce qui concernait la liste des papiers à fournir. Un homme averti en vaut deux, n’est-ce pas ? Le lendemain matin, dès potron-minet, nous partîmes nous enquérir auprès de la même ambassade de nos droits de transit au Mali, qui n’ont rien à voir avec la tourista, un mal continental. Bien que cela a failli virer court, tant les employés de l’ambassade – pour ceux qu’on arrive à croiser – furent de mauvaise volonté. Pour la faire courte, parce que ni vous ni moi n’avons de temps à accorder à ces mauvais travailleurs, nous dirons que l’ambassade du Mali à Accra ça ressemble au désert des Tartares : personne à l’horizon avec l’impression d’être dans une salle d’attente intemporelle. Personne ne viendra et le seul truc qui vous tient éveillé c’est la persuasion que le respect du protocole vous impose d’attendre la bonne volonté d’un imaginaire responsable. Trois bureaux sur quatre étaient vides, ainsi que trois employés sur quatre. Le mot est dur, mais si l’on considère que le boulot d’un « ponctionnaire » est de savoir ce qui se passe dans son service – sans même savoir ce qu’il se passe dans celui d’à côté – alors aucun de ceux rencontrés n’a su me dire à qui m’adresser pour obtenir un visa. Faibles de leur mauvaise volonté et moi fort de ma curiosité, j’ai fini par prendre les devants et l’escalier au bout du couloir afin de partir en quête d’une réponse ; moins classe que la quête du Graal mais pas forcément moins productive car j’ai fini par tomber sur le bureau du Conseiller Consulaire. Alors là, mes aïeux, je ne vous raconte pas le cliché : un grand bureau climatisé, des piles de dossiers bien alignés devant le Conseiller et une paire de mains croisées sur la bedaine. Le tout dans une attente très digne. Attente de quoi, je ne sais pas, mais encore pourrait-on demander à Dino Buzzati ? S’en est suivi un entretien fort sympathique, avec un Conseiller fort diplomatique et langue de bois qui – flatté par ma carte de visite – s’est mis en peine d’appuyer lui-même ma demande. Quelle erreur n’avais-je pas faite. La responsable des visas faisant ses courses sur les heures de bureau, elle s’est donc faite attraper par le Conseiller qui du coup ne m’a pas tellement dispensé son aide mais plutôt mis des bâtons dans les roues. La suite m’a permis de comprendre que ces deux larrons ne pouvaient pas se sentir et que j’allais être l’objet d’un bras de fer entre les deux. Et vous n’avez pas idée de l’espèce de Babayaga à qui j’avais à faire. Une sorcière béninoise comme il n’en existe que dans les contes : moche, évidemment, mais aussi désagréable et moralisatrice, pimbêche, colérique, mesquine, complexée et frustrée aussi. Bref, un condensé de chienlit. Et ça n’a pas loupé, tout m’a été refusé en bloc sous des prétextes plus ou moins fallacieux. Me laissant entendre que la seule porte de sortie serait une note verbale du Consulat français – soit dit en passant, un document que seuls peuvent obtenir les diplomates en ce genre de circonstances. A malin, malin et demi, Babayaga ! Camille et moi avons sauté dans le premier taxi et avons filé au consulat. Puis nous avons repris un autre taxi pour filer au vrai consulat…à la nouvelle adresse, quoi. Merci les internet pas à jour ! Le portier a commencé par nous refuser l’entrée du sol français – LOL – ce qui nous adonné l’occasion d’aller déjeuner au Lord of the Wings, un rade libanais à côté de l’ambassade américaine, institué afin de rappeler aux exilés ricains le goût de leur gastronomie unique au monde. Après cette escale pizza/burger, nous avons repris le chemin de l’ambassade de France. Après un peu de forcing nous avons réussi à rentrer dans l’ambassade et à rencontrer Madame le Consul Général qui, paraît-il, était absente ! Anouchka a été charmante avec nous et a bien voulu nous donner le coup de main nécessaire. Un coup de fil plus loin, Babayaga l’avait dans le baba : nous avions la couverture de l’ambassade de France pour obtenir notre visa malien. Mais elle n’avait pas dit son dernier mot et elle a escaladé le cas auprès de l’ambassadeur du Mali qui a opposé son veto. Dans les méandres des guerres internes – qui plus est celles qui impliquent une sorcière béninoise et un ambassadeur dilettante – tout peut arriver, notamment les oppositions d’ego, les envoûtements féminins d’un ambassadeur fantoche et sans autorité, puisque sans culotte et, enfin, les présomptions les plus loufoques sur nos motivations réelles. Qu’allions nous faire dans cette galère malienne, je vous le demande ? Et bien c’est ce qu’ils ont fini par se demander aussi. Et ils se sont aussi demandé comment nous avions pu obtenir en deux heures de temps l’appui du consulat de France. Je remercie toutefois le Conseiller Consulaire du Mali de m’avoir appuyé (presque) jusqu’au bout ; jusqu’où sa carrière n’était pas en danger, disons. Je fais fi, sans vergogne, de l’ambassadeur malien qui a caché son incompétence, son manque d’autorité et sa faiblesse « béninoise » derrière un fragile argumentaire de circonscription consulaire. A mourir de rire quand on sait que le même pays fournit à des français des visas pour 8,50€ à Conakry en 24 heures. Nous avons perdu beaucoup de temps, puisque nous nous sommes vus refusés le visa en toute fin de procédure après trois jours de tractations ; nous avons perdu beaucoup d’estime pour un pays auprès duquel la France dépense un budget colossal en matière de Défense ; nous avons perdu l’occasion de visiter un très beau pays de plus dans la sous-région qui nous aurait fait gagner 700 km sur notre trajet retour. Tout cela n’a finalement que peu d’importance et la relation de ces évènements n’importe qu’autant que cela nous donne l’occasion de montrer un peu plus le désastre des administrations locales et d’en rire franchement.

Dans l’c*** lulu

Pour conclure cet épisode croustillant, il nous faut partager avec vous le point phare de notre séjour et à qui nous devons le titre de cet épisode : toutes nos démarches nous ont retenues à Accra le temps d’une semaine. Et cette semaine nous l’avons passée sur le parking d’un hôtel de bord de mer, fort bien référencé et lieu de villégiature le week-end pour les petites familles d’Accra. C’est un spot agréable au regard du paysage offert ainsi que du courant d’air quasi constant grâce auquel on peut se rafraîchir à toutes heures du jour et de la nuit. Tant et si bien, d’ailleurs, que les gens y viennent beaucoup le soir et la nuit, afin de se rafraîchir certainement et puis aussi d’y faire quelques galanteries, gratuites ou payantes. Un séjour charmant, comme vous pouvez vous l’imaginer, que Cam a particulièrement apprécié.

Busted!

Episode 04 – #Balance ton Scrabble

 

Et puis il y a eu les abords du lac Volta. Ambiance électrique dès le premier soir avec l’orage. On a donc été directement plongés dans le thème !

Volta Lake, Baby.

Le lac Volta doit être le deuxième plus grand lac artificiel du monde. Un truc conséquent, quoi. Grande fierté ghanéenne, retenue par un barrage conséquent et très protégé. Quant à nous, nous en avons parcouru les rives, essaimées ici et là de piscicultures, de pirogues et de villages de pêcheurs très rustiques et charmants à la fois. Nous avons passé notre première nuit dans ce décor fabuleux, profitant de nos premières fraîcheurs nocturnes depuis bien longtemps. C’est dans ces moments-là que l’ouverture d’une bière fraîche, et la confection d’un petit plat savoureux viennent sublimer l’instant. J’ai déjà le souvenir nostalgique de cette soirée douce et agréable et si révélatrice des petits plaisir du voyageur. C’est pour ces moments-là que la « vanlife » est appréciable.

Sans rapport mais stylé quand même!

Nous avons rencontré le gardien de quelques bacs de pisciculture ce soir-là. Nous avons échangé avec lui ce que nous mangions et buvions, nos cigarettes aussi quand le soleil déclinait alors dans le ciel déjà un peu nuageux, tandis qu’au-dessus des eaux évoluaient majestueusement des escadrilles de milans venus casser la croûte sous l’œil tranquille du gardien. Car les milans ne prélèvent pas les poissons vifs mais seulement ceux qui, décédés, remontent à la surface. C’est donc en parfaite harmonie que les hommes, les poissons et les oiseaux vient en ce paradis de Saint François. 

Pisse y culture

Nous avons plié bagage le lendemain, sans nous presser, nous laissant le temps d’avaler avant la route un petit-déjeuner digne de ce nom et de nous étirer les gambettes encore engourdies de la reprise de la route. Forts de notre première expérience nous avons décidé ce matin-là de rester aux abords du lac avant de remonter un peu dans les monts ghanéens qui bordent la frontière avec le Togo. Et c’est cahin-caha, au rythme lent et sûr de la grosse Choupette que nous avons repris la route, traversant des paysages magnifiques, lorgnant ici sur les villages de pêcheurs, là sur les crêtes montagneuses.

C’est toi pêcheur.

Le voyage impose un peu de préparation. Quand nous partons le matin, il est parfois agréable de savoir à peu près où nous nous arrêterons le soir ou quel sera le programme de la journée que nous aurons défini la veille, avant de nous coucher. Après quelques mois de voyage on est plus ou moins rôdé : il y a les jours avec préparation et ceux sans. Ce jour-là nous avions vaguement identifié un point sur les bords du lac qui semblait isolé de la route et des villages alentours. Mais, comme il arrive souvent en Afrique, le GPS ne nous avait pas tout dit sur l’emplacement choisi. C’est ainsi que, en arrivant enfin au bout de notre périple – époustouflés par la vision aérienne et panoramique du lac – nous vîmes qu’en contrebas gisait la silhouette d’un village pas si petit, coupable d’avoir envahi avant nous ce petit coin de paradis.

Sans point GPS, point de salut.

Qu’à cela ne tienne, Choupette n’est pas si grosse et devrait trouver sa place. Au bout d’un chemin à pic et sinueux, nous sommes donc arrivés sans encombre dans ce petit village de pêcheurs – semble-t-il en plein expansion – et dont la « rue » principale était en réfection ; celle-là même qui menait aux rives du Volta et où nous trouvâmes un emplacement idyllique, à distance des habitations et à proximité des eaux tentatrices. Il faut préciser ici que le lac a la réputation d’être chargé en bilharziose de pied en cap, ce qui le rend impropre à la baignade. Par les chaleurs ghanéennes, une telle interdiction de baignade ressemble un peu à la privation en eau du marin à la dérive. Mais, vaille que vaille, nous avons résisté à la tentation de nous jeter dans les eaux maléfiques.

On a quand même dragué les vaissellières au bord de l’eau

C’est dans ce village que Cam s’est retrouvée, seule, face à l’aéropage des lieux, composé de huit fantassins très inquisiteurs, très peu bilingues mais tous hilares de leur conversation avec elle et son truchement spécial « mamamouchi ». Nous avons donc été accueillis les bras ouverts, avec beaucoup d’intérêt pour notre périple curieux et notre curiosité roulante, Choupette. La jeunesse aussi s’est piquée d’un grand intérêt pour nous et a donc tenu a passer la soirée avec nous, tentant de comprendre notre propre intérêt pour le Ghana qui « ne vaut pas la France », paraît-il. C’est dans ces moments-là qu’il nous faut être très pédagogue sur l’explication du miroir aux alouettes. La France et l’Europe attirent beaucoup, passent pour des eldorado…on fait l’Europe comme on faisait la ruée vers l’or, comme on s’est jetés sur les Amériques, la Patagonie, le Klondike, le trésor des Incas et les sept boules de cristal. Le sujet n’était donc pas nouveau pour nous mais la soirée fut riche et même de rigolades et puis d’extases sur nos petits tabourets guinéens qui ont fait fureur.

Ca c’est plutôt l’aéropage des « bambins »

Nous n’avons pas pu rester le lendemain pour la relève des filets, car ils ne les avaient pas jetés. Mais nous avons pris le temps d’au revoir chaleureux, après les banalités quotidiennes de notre séjour en camion : vaisselle, rangement, contrôle mécanique… Et c’est ainsi que tranquillement – mais sûrement – nous sommes partis en quête de nos prochaines pénates. Bien agréables aussi, celles-ci : il est au centre-est du Ghana, au large du Lac Volta, une petite région montagneuse limitrophe du Togo où coulent généreusement les chutes de Wli. C’est non loin du pied de celles-ci que nous nous sommes arrêtés pour la nuit, comptant bien nous y rendre le lendemain pour un bénéfique rafraîchissement. Leur accès était payant et, si nous souhaitions accéder à l’étage intermédiaire des chutes, il nous fallait nous acquitter d’un droit de passage supplémentaire et nous attacher un guide pour la randonnée. Nous ne souhaitions pas d’accompagnateur pour notre lune de miel et nous sommes mis en quête tout seuls de cette fameuse partie supérieure ; Une ascension bien rude, bien chaude mais dont la ligne d’arrivée valait bien tant de suées : un site exceptionnel, avec une vue non moins exceptionnelle et une eau dont la fraîcheur était elle-même…exceptionnelle. Froide pour tout vous dire, chose assez rare dans le quartier. Nous nous y sommes délassés comme il se doit, jouissant de ces frissons apportés par la brise continue sur nos peaux encore mouillées. Un frisson dans ces pays chauds c’est un peu comme l’orange de Saint-Ex en plein désert : celui qui n’a jamais souffert de la soif ne peut pas comprendre 😉

Simon, Didyme et les fils de Zébédée

C’est sur le lieu de notre bivouac que nous avons rencontrées une bande de petites filles de « service » de bois pour la famille. Trop intriguées par notre présence et bien plus intéressées par le camion que par leurs fagots nous avons partagé avec elles un long moment de questions/réponses et de rires clairs et joyeux ; l’une d’elles particulièrement, parlant très bien l’anglais, nous a révélé à l’occasion un esprit très vif et très avancé pour son âge, curieux aussi. Je le note ici dans cet article parce qu’il a été assez rare depuis le début de notre voyage de voir un enfant de son âge interagir avec beaucoup de délicatesse vis-à-vis de nous, vis-à-vis de notre éventuel besoin d’intimité, et capable de l’expliquer à ses camarades de jeu en même temps qu’elle retenait ceux-ci de nous demander argent, cadeaux et autres babioles que l’on demande ici souvent aux « blancs », nécessairement millionnaires et généreux 😊

Le vrai trésor

L’après-midi de notre grande et fraîche baignade nous sommes aussi allés nous baigner en bas des chutes parce que le retour de randonnée aussi avait été un peu chaud. Et il nous a été donné de voir là-bas un phénomène spectaculaire auquel nous ne nous attendions pas : quand sonnent les douze coups de midi, des myriades de chauves-souris s’élancent de la falaise comme autant de vols d’étourneaux pour aller quérir un peu de fraîcheur dans la poussière d’eau que projette la cascade. Ce bal impressionnant – tout autant que charmant – dure bien le temps de quelques cigarettes et séances photos, à l’aune de ce que j’ai pu calculer en regardant Cam griller des tiges, son objectif à la main !

Hisse et Ho! Santia-a-no!

Maintenant que nous voyageons depuis plusieurs mois et que nous commençons – pour nous-même – à partager quelques conclusions partielles sur ce que nous avons vécu jusqu’alors, il faut admettre que notre traversée de cette région du continent nous a offert beaucoup de surprises en termes de phénomènes naturels, dont ce bal de chauve-souris est un très bel exemple : à la fois le voyage et le continent nous apportent sans cesse des beautés insoupçonnées, des découvertes inespérées et, par conséquent, des souvenirs remarquables et indélébiles que nous photographions à jamais dans nos mémoires. Le film de nos vies en prend une sacrée couleur et nous sentons déjà que demain sera fait d’autres voyages, d’autres albums de vie, d’autres humanités en quelques sortes.

La vie en Piaf

Et j’allais oublier ! Le titre obscur de cette quatrième et dernière partie ! Après des années de gamelles au Scrabble, face à un grand-père et une grand-mère maternelle terriblement joueurs ainsi que face à Alain (mon Joe !), j’ai enfin pu en découdre avec ce mot à 100 points qui vous terrasse en un rien de temps, qui vous clôture une partie de plateau en un tour de main dans le sac, Petit Larousse au poing et plein d’étoiles mesquines dans les yeux : nous avons rencontré ces satanés Ewe, cette fameuse ethnie dévastatrice dont l’arme principale et la « lettre compte triple ». Non seulement on les a vus mais en plus on en tient une bonne les concernant : ces terribles lettrés, quand l’un d’eux meurt, se mettent en tête de lui verser de l’eau bouillante sur le corps afin de s’assurer de sa mort. Ça sert à rien de savoir ça pour le Scrabble, mais pour un bon Trivial Poursuit c’est essentiel.

 

Voilà voilà.

 

  • Et avec ceci ?
  • Ce sera tout pour aujourd’hui.

A plute !

 

Zig et Puce

Pour Respons’Appro

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